
Woodcut for Guillaume Guéroult's Emblesmes
Le premier livre des emblemes, Lyon, Balthazar Arnoullet, 1550


Dieu delivre quelques fois les meschants
pour les punir puis apres plus
rigoureusement.
§
Souvent Dieu le meschant delivre
D’un dangier, d’un mal, d’un tourment,
Et le laisse en ce monde vivre:
Pour le punir plus griefvement.
D’un larron.
COntre un vieux mur menaçant sa ruine
Quelque larron se prist à sommeiller,
Mais tost survint la majesté divine:
Laquelle vint en sursaut l’esveiller.
En luy disant, il faut t’appareiller
D’aller dormir seurement autre part,
Il obeit, à l’heure s’en depart.
Et contre un mont prist la fuyte grand erre:
Dont bien luy prist, pource qu’en un moment
Le mur tomba perdant son fondement:
Et ruiné feust egal à la terre.
Lors le larron joyeux de lavanture
Pensa que Dieu (ayant de luy pris soing)
Favorisast à sa grand forfaicture:
D’autant qu’il l’ha secouru au besoing.
Mais il estoit de son compte bien loing,
Comment cela? car la nuyt ensuyvant
Telz motz luy dist l’ange du Dieu vivant,
Ne pense pas (homme plein de cautelle)
Que l’Eternel oublye à se venger:
Car en t’ostant de l’eminent dangier,
T’ ha reservé une mort plus cruelle.